30° à l’ombre… Attention DANGER !

30° à l’ombre… Attention DANGER !

En montagne « 30° » n’est pas synonyme de farniente les doigts de pieds en éventail. S’il fait souvent partie du jargon et du terrain de jeux des skieurs de randonnée, 30° est également le degré d’inclinaison des pentes à partir duquel arrivent plus de 90% des accidents d’avalanches*… Zoom sur cette fameuse règle des 30°

Principes de base

Danger avalanches

Les facteurs de déclenchement

Avant de rentrer dans le détail, revenons rapidement sur les facteurs physiques de déclenchement d’une avalanche provoquée. Pour qu’une avalanche de neige se produise il faut que 3 à 4 de ces facteurs soient réunis :

  •  Une couche de neige avec de la cohésion. Par exemple, une perturbation dépose 30cm de neige en une nuit, c’est cette couche de poudreuse relativement homogène (plaque) qui sera susceptible de se décrocher. Il existe plusieurs types de plaques qui évoluent en fonction des conditions météo : plaque friable, neige humide, neige dure etc. Ces plaques présentent des caractéristiques physiques différentes de celles sur lesquelles elles reposent.
  • Une couche fragile. C’est la partie qui va céder en premier lors du déclenchement d’une avalanche de plaque. Cette couche de neige enfouie sous la surface dispose d’une faible cohésion entre ses grains (=flocons).
  • Une pente de 30°. La pente doit en effet être suffisamment raide pour que la masse de neige se mette en mouvement.
  • Une surcharge à un endroit précis (ex: le passage d’un skieur). Il arrive qu’il n’y ait pas besoin de surcharge pour qu’une avalanche se déclenche, on parle alors de déclenchement spontané (souvent dans les pentes raides juste après une chute de neige ou avalanche de neige humide au printemps). Dans 90% des accidents, c’est le skieur lui même qui déclenche l’avalanche dans laquelle il est emporté.


La règle des 30°

Les nombreuses études sur les avalanches montrent que la grande majorité des coulées a lieu dans des pentes de plus de 30° d’inclinaison. Le graphique suivant montre que la plupart des accidents étudiés ont lieu dans des pentes comprises entre 30° et 45°. Ce chiffre n’est pas surprenant dans la mesure ou moins la pente est raide et moins elle est susceptible de se décrocher et qu’à partir de 45° ou 50°, les pentes se purgent naturellement et sont très peu skiées il y a donc moins d’accidents. Même si le 30° doit être gravé dans toutes les têtes, certains accidents peuvent se produire dans des pentes légèrement inférieures, la vigilance est donc de mise en fonction des conditions.

Pourcentage des accidents davalanches en fonction de la pente

Source : Mountain Acadamy

« Ces chiffres mettent clairement en évidence l’importance de la phase de préparation d’une randonnée à ski grâce à tous les outils à disposition : carte IGN au 1/25ème, Géoportail, Bulletin neige et Avalanches etc. »


L’orientation des pentes

L’orientation des pentes est un facteur important dans le déclenchement des avalanches. Si les pentes ensoleillées sont celles qui se stabilisent le plus rapidement sous l’effet du rayonnement solaire, celles à l’ombre des versants Nord 

ou d’un plus large secteur N-E à N-O sont propices à l’enfouissement de pièges à retardement tout au long de l’hiver. La faible variation des températures dans les zones encaissées va ralentir l’effet de cohésion entre les grains. Ainsi, une couche fragile peut rester enfouie et recouverte pendant des semaines la rendant particulièrement difficile à déceler. L’excès de soleil peut également provoquer des avalanches de neige humide qu’il est bien plus facile d’éviter en choisissant ses heures de randonnée notamment au printemps.

« selon les études, 80 à 91% des accidents d’avalanches ont lieu dans des pentes comprises entre 30 et 45° d’inclinaison »


Comment repérer les pentes >30° ?

Extrait des cartes détaillées avec l'inclinaisons des pentes

La carte des pentes du Géoportail permet de repérer aisément les zones à risques

La carte et le Géoportail

En pleine ère du numérique, rien de mieux qu’une bonne vieille carte papier au 1/25000ème pour analyser avec précision l’inclinaison des pentes que l’on va rencontrer sur l’itinéraire envisagé. Afin de calculer l’inclinaison de la pente, il est possible d’utiliser une réglette ou de regarder directement sur la carte des pentes du Géoportail. A travers ce portail interactif, l’IGN (institut géographique national) met à disposition des données de grande qualité et notamment un affichage des cartes en 3D !

Attention néanmoins à ce dernier outil car évoluer en dehors des zones à risques ne signifie pas que vous êtes en sécurité, les coulées d’avalanches terminent leur course dans les pentes inférieures à 30°. Plus le risque est grand et plus il faut prendre de la distance avec les zones rouge et oranges.

Préparation en amont d'une sortie

La préparation de la sortie est fondamentale !

Le test du pendule

Sur le terrain, il existe également des moyens de mesurer la pente. Premier point de vigilance, dîtes vous qu’à partir du moment où vous êtes obligé de faire des conversions pour monter, c’est que la pente fait environ 30°. Ensuite, il est possible de réaliser le test du pendule avec les bâtons (de longueur identique).

  1. Posez un bâton sur la neige dans le sens de la pente. Pour plus de commodités, placez la pointe vers le haut et la poignée vers le bas de la pente. Ensuite redressez-le sans changer la position de la pointe.
  2. Positionnez la poignée du 2ème bâton contre celle du 1er et effectuez un mouvement de pendule pour le placer à la verticale.
  3. Observez si la pointe du bâton qui sert de pendule se situe :
    • en amont ou dans l’empreinte, la pente est inférieure à 30°
    • en aval de l’empreinte, la pente est supérieure à 30°

Pour info, sachez qu’un écart de 10 cm entre l’empreinte et la pointe représente 3° de pente.

Le test du pendule en 3 étapes

Il existe également de nombreuses applications mobiles qui vous indiquent l’inclinaison d’une pente mais elles ne se substitueront jamais à un repérage minutieux réalisé en amont grâce aux cartes et aux données du bulletin d’estimation du risque d’avalanches.

Quelles sont les techniques que vous utilisez pour repérer les pentes à risques ? Partagez les dans les commentaires ci-dessous.

 

Météo et avalanches: l’outil indispensable pour préparer sa sortie

*Etude de Ian McCammon(2009)

 

Alex

Skieur Pyrénéen auteur des blogs Ski Rando pour Tous et Inspyr. Ambassadeur du Community Touring Club pour partager cette passion du ski de rando et de la montagne au plus grand nombre.

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